Crise financière et impact sur l’épargne salariale

Que s’est-il passé ?
lundi 13 octobre 2008
par  Coordonnateur
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1- Les crises financières se sont succédées… Wall Street avait organisé le grand casino de la mondialisation au travers de toutes les grandes fusions acquisitions du monde, les restructurations, les délocalisations, le dépeçage des actifs russes, la croissance d’ENRON. Les investissements en Chine partaient en cascade des banques d’affaires, les quatre grandes, avec l’aide des banques européennes et asiatiques, puis celle des banques plus petites, dites « hedge-funds », qui font ce même travail mais pour des entreprises de plus petites tailles. Ces banques n’ont pas d’argent. Elles travaillent sur « l’effet de levier ». C’est-à-dire qu’elles empruntent pour leurs opérations, sachant que le rendement accru des actions des entités qu’elles ont constituées leur permettra de rembourser largement des emprunts. Elles doivent donc développer des secteurs où le crédit joue un rôle essentiel : le financement des pays émergents, de la Russie, des nouvelles technologies, d’Internet, de l’immobilier. Et elles constituent autant de bulles qui éclatent l’une après l’autre, jusqu’aux subprimes, l’immobilier des pauvres.

2- Les parasites Autour d’elles gravite toute une économie parasitaire de l’économie réelle : avocats d’affaires, cambistes, traders, agences de notation (les mêmes, payés par Lehman Brothers qui sacraient Lehman Brothers la meilleure il y a un peu plus d’un an), journalistes financiers, concepteurs de modèles mathématiques « optimisants les risques », c’est-à-dire fabriquant des modèles niant ces risques, etc.

3- Le ROCE Pour justifier leur rémunération, leurs patrons doivent « faire apparaître de la valeur », c’est-à-dire monter le prix de leurs actions. Ils exigent un taux minimal de rendement sur opérations de 15% (le fameux ROCE, Return On Capital Equity, profit net comptable de 15% sur le capital propre de la banque pour un retour rapide sur investissement). Ces « opérations », sous le paravent de la comptabilité, sont de la restructuration-fusion-délocalisation dégraissage. Bref, de la sueur et des larmes. Il est essentiel pour comprendre la folie boursière que ces patrons ne sont jamais punis.

4- La titrisation Ces banques ont créé des produits financiers complexes, mélangeant toutes sortes de crédits de durées différentes, de supports différents (banques, entreprises, actions, obligations, ...) de pays différents et de risques différents. Et c’est là qu’arrive la crise des subprimes : ces crédits aux pauvres qui reposaient sur le pari que l’immobilier des pauvres allait prendre de la valeur, étaient mélangés avec d’autres crédits et revendus à d’autres banques dans le monde. Comme on n’y voit plus rien, on achète de la marque : du crédit estampillé Lehman Brothers, par exemple. Voilà le problème : des milliers de milliards de dollars dans le monde sont gagés sur des crédits supportés par une population appauvrie et dans l’incapacité de rembourser le moindre dollar. C’est dire la solidité de la pyramide !
Le marché immobilier s’inverse, devient baissier, et tout s’écroule puisque tout était fondé sur la hausse perpétuelle et une foi incommensurable en cette perspective elle-même fondée sur cette confiance, aujourd’hui ébranlée.

5- La crise est-elle finie ? On est dans la tempête et l’on n’y voit rien. Toutes les institutions du monde ont contracté le virus : Crédit agricole, BNP, Société Générale, Natixis ont du Lehman Brothers mélangé à du Meryll Lynch qu’ils ont proposé comme crédit sans risque car estampillé Wall Street. Panique.
Les gens commencent à vendre les actions des banques. Elles s’effondrent et l’effet est accentué par la perte de confiance. Or, ces actions elles-mêmes entraient dans des « titrisations » de crédits proposés aux clients (dont les fonds du PEG AREVA). Donc les bons crédits eux-mêmes commencent à ne plus valoir grand chose. Du coup, les banques fuient vers la liquidité, veulent du cash, jettent tous les papiers qu’elles peuvent jeter, et ne prêtent plus. L’économie s’arrête et entre en récession.

6- Sauvetage Interviennent alors les Banques centrales avec le risque de paniquer encore plus les agents : Si la FED intervient si fort, c’est que ça va vraiment mal ! La chute boursière fait plus que compenser l’injection de liquidité, qui est autant d’eau sur du sable. On crée alors une structure de défaisance qui regroupe tous les actifs pourris : c’est la fin, l’appel au contribuable, comme pour le CDR en France, comme pour les Caisses d’épargnes américaines en 1989.

7- Sortie de crise et fin du modèle américain Les Etats-Unis sont (ou étaient) un immense « hedge fund ». Ils vivent à crédit, et les revenus de leurs placements sont (étaient) supérieurs aux intérêts qu’ils payent sur leur endettement, financé par les Chinois après l’avoir été par les Japonais. C’est pour cette raison, et parce qu’ils laissent filer leur dollar, que leur économie croît plus vite que celle de l’Europe.

Conclusion : L’autorégulation « supposée » de la finance est morte avant même d’avoir pu être vérifiée ! Et ce, en dépit des fameuses théories libérales qui ont vendu (très cher pour ceux qui le paient encore) ce modèle sans fondement substantiel. L’Europe a désormais un boulevard devant elle pour créer un système financier au service de l’économie réelle.*

Et notre épargne dans les fonds du Plan d’Epargne Groupe AREVA, dans tout ça ?

Depuis la création du Plan d’Epargne Groupe AREVA, la CGT assume ses choix de syndicat responsable, soucieux des préoccupations des salariés du groupe.
La crise financière nous rappelle tous brutalement à l’ordre en ce qui concerne les risques de la rémunération dite « des revenus de travail » :

  • contrairement aux apparences, la distribution des sommes liées à la participation et à l’intéressement n’est pas un partage des bénéfices mais un partage des risques (et cela d’autant plus que la part de ces types de rémunération sera importante comparée au salaire) ;
  • nous devons tous et en permanence réaffirmer la priorité du salaire face à ces évolutions permanentes de la loi tendant à favoriser des formes de revenus moins fiscalisées, très favorables aux entreprises et beaucoup moins à la collectivité, le manque à gagner pour l’état devant tôt ou tard être compensé par nous tous sous forme d’augmentation de différentes taxes tels que les impôts locaux, TVA, bonus-malus écolo, l’imagination de nos gouvernements successifs étant sans limite. Parce que nous avons conscience qu’épargner, que ce soit par sécurité ou par nécessité de prévision du futur (retraites) est un geste courant de la vie familiale, la CGT accompagnera toujours les salariés du groupe dans cette démarche à partir du moment où elle est mise en place pour les salariés d’AREVA.

La CGT n’acceptera cependant jamais que cette rémunération soit basée sur l’exploitation des plus faibles :

  • La création d’un fonds « monde » ou fonds « pays émergents » - et bien que l’intention soit louable de prime abord – repose en réalité sur la volonté de mise en concurrence des salariés de la zone euro bénéficiant des luttes sociales de leurs aînés avec ceux qui n’ont pas eu cette chance et qui ne possèdent pas ce niveau de protection sociale. Nous ne scierons pas la branche sur laquelle nous sommes assis pour quelques euros. Nous ne braderons pas notre héritage historique et social car nous sommes convaincus que c’est celui qui devrait s’appliquer partout à travers le monde ;
  • nous refusons la création d’un fonds « matières premières ». Nous pâtissons tous au quotidien de l’augmentation du prix des dites matières premières ! La CGT ne hurlera pas avec les loups et ne participera pas à la spéculation mondiale.

Chacun est libre de faire ce qu’il veut chez son banquier, beaucoup s’en mordent les doigts aujourd’hui. La CGT reste fidèle à sa conception de la valorisation du travail, et n’a accepté la création des fonds de placement d’épargne salariale qu’à la condition que ces fonds soient affectés à l’économie réelle. Et européenne, afin de ne pas encourager le dumping social. Nous nous sommes attachés à participer et à présider les conseils de surveillance de ces fonds de placement en insistant rigoureusement, avec acharnement parfois, sur la mise en place et sur le respect de critères extra-financiers dans les critères de choix d’actifs (critères dits socialement responsables).

Les membres CGT aux conseils de surveillance de ces fonds ont lourdement insisté pour que toute la transparence soit faite, en mai dernier, sur les produits dérivés présents dans les fonds de placement et les véhicules de titrisation associés. La Direction du Groupe nous a entendu et a interpellé lors des sessions de conseils de surveillance les gérants sur ces points. Seuls les fonds de placements présidés par la CGT n’ont pas ces produits « pourris » en portefeuille. Les autres organisations syndicales les ont laissés dans les fonds qu’ils président, bercés par les gérants leur affirmant que ces produits étaient nécessaires pour faire de la performance.

En conclusion :
Aucun économiste ne connaît l’avenir d’une structure aussi instable que celle de l’économie de marché. Nous ne connaissons malheureusement pas l’avenir nous non plus et nous ne pouvons vous conseiller quelque démarche que ce soit.
Par contre, la présence de la CGT aux conseils de surveillance des fonds de placement du Plan d’Epargne Groupe AREVA aide à vous prémunir des risques de manquements à la réglementation des Autorités de Marchés Financiers de la part des gérants de ces fonds.

Dans l’épargne salariale, ni le capital ni le taux ne sont garantis. Ce n’est pas le cas du Livret A. Les fonds récoltés sur le Livret A et sur le Livret Bleu sont gérés par la Caisse des Dépôts et de Consignations (CDC). Ces fonds sont normalement destinés au financement du logement social en France, notamment par des prêts aux organismes HLM. En contrepartie de cette collecte de fonds, la CDC rémunère les établissements par une commission. C’est ce qu’on appelle avoir une utilité sociale. A moins que leur objet ne soit détourné par le gouvernement pour sauver les quelques banquiers européens qui n’auraient pas fait de la transparence une priorité : les récentes décisions vont hélas dans le sens de ponctionner cette enveloppe…

A l’approche de la NAO, nous espérons, par cette lecture, avoir attiré votre attention sur la priorité qu’il faut donner au salaire lors des difficiles négociations à venir. Ne vous laissez pas berner par le miroir aux alouettes « intéressement/participation »…
Syndicalement votre, la CGT AREVA.


  • La première partie est une analyse de B Maris, économiste qui publie dans Charlie Hebdo et Alternatives Economiques.