Qui décide dans AREVA ?

Expression CGT lors du rassemblement des syndicats européens à Paris
lundi 28 septembre 2009
par  Coordonnateur
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On peut s’étonner de voir qu’Anne LAUVERGEON, présidente du directoire, ne peut imposer ses choix dans le dossier de la vente d’AREVA T&D. Rappelons simplement que le groupe est organisé avec un conseil de surveillance, lieu où siègent les actionnaires – principalement l’état dans le cas d’AREVA - , et un directoire qui met en application les décisions du conseil de surveillance. Anne LAUVERGEON est présidente du directoire et doit donc mettre en application les orientations du conseil de surveillance.

Ce conseil a demandé au directoire, entre autres mesures, l’étude de la vente de T&D pour financer la croissance des activités nucléaires du groupe.
Nous ne pouvons nier que l’activité nucléaire d’AREVA, a besoin de fonds pour se développer ; nos administrateurs CGT ont d’ailleurs approuvés le plan d’investissements présenté en ce début d’année.
Mais les solutions qui sont envisagées aujourd’hui par l’état (en particulier la vente de T&D), sont loin de répondre aux besoins de financement nécessaires.
En effet, l’activité nucléaire aura besoin de 10 à 12 milliards d’euros d’ici 2012 pour faire face à l’augmentation de son carnet de commandes et de ses activités. Même en récupérant 4 milliards de la vente de T&D, AREVA est loin du compte. La solution est d’autant moins pertinente que T&D est une activité très rentable qui a rapporté 560 millions d’euros au Groupe en 2008 et dont les perspectives de croissance (donc de profits) restent très bonnes malgré la crise.
Le choix que veut imposer l’état de vendre la moitié de la maison avant de faire des travaux d’agrandissement n’est sûrement pas la bonne solution surtout si cette moitié est très rentable.
Quelques esprits chagrins nous dirons cependant qu’il faut bien trouver une solution pour répondre aux besoins de financement du groupe. Sur ce point la CGT ne peut qu’être d’accord mais sûrement pas en vendant une activité hyper rentable.

Deux poids deux mesures selon que l’on soit une entreprise à capitaux publics ou à capitaux privés ?
Un petit rappel des mesures qu’a été capable de prendre le gouvernement français pour sauver les banques et les industries privées : 40 milliards pour les banques, 6 milliards pour l’automobile, 20 milliards pour venir en aide aux entreprises en difficulté. Certes cet argent n’est pas à fonds perdu, quoique dans certains cas on peut en douter.

Par contre pour AREVA, tous les experts économiques confirment que la rentabilité et la croissance de ses différentes activités – T&D, renouvelables et nucléaire – sont assurées pour les années à venir. Alors pourquoi ce refus d’investir ? L’état ne prendrait pourtant aucun risque à le faire puisque le retour sur investissements sera rapide et important.

Nicolas SARKOZY qui s’est fait le chantre et le défenseur de l’industrie française (mais avec quelques couacs comme chez ARCELOR MITTAL) peut, dans ce dossier, agir puisque l’état est décideur, et mettre en accord ses actes avec ses paroles. Il peut faire le choix d’investir pour renforcer le leader mondial du nucléaire sans commencer par l’affaiblir en vendant son activité la plus rentable. A moins que sa volonté inavouée soit de permettre à des actionnaires privés de mettre la main sur un fleuron industriel très rentable. Nous serions dans ce cas dans l’illustration patente de la privatisation des bénéfices et de la nationalisation des pertes.
De son coté, le directoire affirme ne pas souhaiter vendre la T&D mais milite pour une ouverture du capital à des actionnaires privés à un niveau suffisant pour financer la croissance. Cette autre solution ne peut, également, nous satisfaire. Est-il raisonnable de laisser des intérêts privés mettre la main sur les activités de conception nucléaire ? Quand on voit dans quelle crise mondiale les appétits des actionnaires privés nous ont emmenés, nous pouvons être légitimement inquiets sur l’avenir de la sécurité nucléaire et les risques environnementaux s’ils s’appropriaient ces activités.
Cette solution là n’est donc pas non plus satisfaisante.

Revenons aux solutions envisagées aujourd’hui.
Comme il était prévisible, les actionnaires privés sont très nombreux à s’intéresser à cette activité T&D promise à une belle rentabilité. De la liste des candidats officiellement déclarés quelques uns seront retenus pour faire partie de la « short-list ». Ce sont ceux qui, selon AREVA, présenteront une candidature crédible et sérieuse sur le plan financier, industriel et social (dans cet ordre d’importance). Ces candidats auxquels seront fournies des informations économiques très détaillées, seront appelés à faire une offre précise pour l’achat de T&D. Selon la direction, la vente se décidera à ce moment-là si une offre au moins répond aux attentes d’AREVA, sinon elle ne se fera pas.
Les risques pour l’avenir de nos activités sont grands si cette vente se réalise. Le fait de changer d’actionnaire est loin d’être anodin d’autant plus si l’éclatement de la T et de la D se concrétise. Les positions monopolistiques qui pourraient être issues de l’achat de toute ou partie de T&D par certains groupes industriels conduirait la commission européenne à exiger la vente de certaines entités pour rétablir une certaine concurrence. Dans ce cas, quelle incertitude sur l’avenir pour les unités vendues !
Mais quel que soit l’acheteur, des restructurations seront entreprises pour répondre au plan industriel du nouveau propriétaire.

Le meilleur moyen d’éviter ces restructurations et donc les suppressions d’emplois qui les accompagnent est de s’opposer à cette vente pour rester dans le groupe AREVA. Pour ce faire, la mobilisation et la lutte doivent se poursuivre, dans la plus large unité syndicale.

En conclusion, nous restons convaincus que la solution optimale passe par une intervention de l’état qui doit remplir son rôle d’actionnaire et investir dans AREVA.