Comptes et avenir d’AREVA.

L’Etat doit renoncer à la prédation et garantir l’avenir du Groupe Intégré. Les mauvais coups doivent cesser !
mercredi 12 mai 2010
par  Coordonnateur
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La dernière assemblée des actionnaires du Groupe du 29 avril 2010 renforce notre colère et nos inquiétudes. Les salariés doivent intervenir pour mettre fin à la casse programmée du Groupe et de l’emploi. L’état est un actionnaire pyromane pour AREVA, avec 45% de prélèvement sur le résultat - l’administrateur CGT a voté contre -, il accroît les problèmes de financement de l’entreprise. Ce dernier, qui ne peut ignorer la réalité des besoins d’AREVA, est de surcroît le seul décideur de l’application des différentes mesures imposées au groupe depuis le 30 juin 2009 et antérieurement.

La vente de TD, qui conduit à l’éclatement de la filière Transmission et Distribution au sein d’Alstom et Schneider, ainsi qu’à des menaces sur l’emploi industriel, ne paraîtra qu’une seule fois au bilan. Dés 2010
le résultat opérationnel du groupe accusera le coup.

Les cessions d’actifs stratégiques pour la nation (ERAMET, STmicro), contributifs également du résultat d’AREVA, doivent toujours trouver un acquéreur porteur des intérêts de l’Etat. Cette décision lui appartient
pleinement, dés lors qu’il l’a suggérée. Toutefois, ces opérations même si elles sont susceptibles d’apporter à terme un supplément momentané de cash, n’en réduisent pas moins la surface financière du groupe, faisant peser encore plus lourdement l’endettement de ce dernier. L’Etat qui a autorisé l’émission d’obligations remboursables et la levée des emprunts contribue par son prélèvement de dividende à l’accroissement du poids de la dette sur la surface restante.

Les arbitrages de l’Etat, ou leur absence, sur les grands dossiers commerciaux et industriels du Groupe – dont notamment sa relation au premier client d’AREVA, EDF – traduisent le parti pris de laisser faire le
marché. Ainsi l’actionnaire majoritaire peut tout à la fois se montrer exigeant en dividendes et accepter de ses entreprises une concurrence fragilisant l’industrie nationale. En instaurant au sein de « l’équipe de France » du nucléaire un tel climat de concurrence, en argumentant pour toujours plus de privatisation des capitaux et des esprits, l’Etat casse les atouts du modèle français de filière nucléaire, dont la pertinence économique. Au-delà ce sont les conditions mêmes de l’acceptabilité sociale de la filière qui s’en trouve
menacée.

La valse des membres du conseil de surveillance perçue par la presse, le public, laisserait à penser que tous les contrôleurs mis en place par l’Etat n’auraient pu jusqu’à lors, faire leur travail et partant dissimuler la réalité ou les performances du groupe. Les nouveaux venus - s’ils ne le savaient déjà -
découvriront que le nucléaire est une industrie à cycle long et à haute intensité capitalistique. Un réacteur nucléaire n’est pas une automobile, le combustible n’est pas du jus de carottes, le retraitement pas la déchetterie du coin. De même les notions de juste à temps, appliquées aux stocks comme aux investissements leurs sont préjudiciables. Tout comme les bouleversements organisationnels continus.

Ces conceptions erronées, dictées par l’intention politique de privatisation du secteur depuis la création de Groupe, associées à une politique de dividendes désastreuse ont empêchées l’investissement, et conduit tant la direction du Groupe que ses contrôleurs à peaufiner les présentations bilancielles et
afficher du résultat quel qu’en soit l’origine (industrielle, financière, cessions d’actifs). Aujourd’hui « les voleurs crient au voleur » et les salariés sont appelés à payer, plus, toujours plus.

La question de la capitalisation restera centrale pour AREVA, les salariés. Il reste à en déterminer l’origine, l’incidence sur la gouvernance, sur le quotidien des salariés, des riverains et de l’environnement
au sens large. Mais il ne nous faut pas également oublier la marche du monde, les questions sensibles de la prolifération et du développement. Cette question est au coeur du débat, de l’opposition et des contradictions chez les différents protagonistes. Cela révèle au passage, la vitalité et l’intérêt de la filière nucléaire pour répondre aux besoins énergétiques mondiaux.

La CGT s’est toujours prononcée pour un financement public de cette activité et l’établissement de coopération industrielle, suggérant diverses pistes allant de la capitalisation par l’Etat, à l’émission d’emprunts obligataires, et même une participation d’institutions politiques telles que les Régions. Nous avons validé le partenariat avec Mitsubishi, avons regretté que l’Etat laisse Siemens partir sur la Volga. Nous avons surtout défendu le modèle intégré AREVA incluant NP, NC, TA et TD. Les opportunités de
coopérations croisées évitant les ravages destructeurs de la concurrence frontale, permettant la création de produits innovants et la mutualisation des efforts financiers, ne nous ont jamais rebutées. Elles sont les
solutions d’avenir, dés lors que sont partagées des valeurs et des comportements industriels, sociaux et environnementaux.

En ne refusant pas aux actionnaires qu’ils exercent pleinement leurs responsabilités, la CGT assume la sienne en défendant les salariés, les citoyens et le bien public. Nous ne pouvons que
condamner les injonctions contradictoires de l’Etat, sa persistance à vouloir affaiblir l’entreprise et en contrarier les orientations. Ce qui est présenté comme le combat des chefs, entre la présidente du Groupe
et ce que nous nommerons une coterie d’affairistes, nous affecte au quotidien. Au-delà du but avoué d’une mise sous contrôle, c’est une entreprise de déstabilisation qui est menée, visant à réintroduire les
choix initiaux du Fouquet’s club. Donner à vil prix au capital privé, un fleuron industriel, dans le prolongement de la cession de TD, semble être le seul aboutissement possible de la stratégie élyséenne. En déconnectant la remise du rapport Roussely de la mise en oeuvre de décisions de capitalisation du Groupe, l’Etat trouvera le moyen d’en détourner les conclusions qui plaideraient – selon la presse – pour un non démantèlement d’AREVA. Le temps qui passe jouerait ainsi pour les prédateurs qui attendent leur heure.

Dans le même temps les mesures d’austérité salariale, de restructurations, compression d’effectif, qui sont les éternels remèdes appliqués sur le salariat, s’aggravent. Ainsi donc la conflictualité au sein du Groupe devra porter sur le double champ politique et social.

􀂙 La CGT appelle les salariés à refuser les mesures d’austérité et de réorganisation, à revendiquer un contrat social groupe collectif de haut niveau.

􀂙 La CGT réclame un régime de départ anticipé collectif, pris en charge par le Groupe, pour tous les salariés ayant effectués des carrières longues ou des travaux pénibles.

􀂙 La CGT appelle à refuser les compressions d’effectifs, le gel des recrutements.

􀂙 La CGT met en garde les salariés et refuse, à l’expérience, la tentation de l’actionnariat salarié en compensation des salaires non distribués.

􀂙 Elle exige que l’Etat assume sa responsabilité actionnariale en capitalisant le Groupe.

􀂙 Elle exige l’instauration d’une relation commerciale et partenariale gagnant-gagnant entre les entreprises publiques de l’énergie.

􀂙 Elle demande à ses syndicats d’organiser partout les débats avec les salariés et les populations riveraines sur l’avenir du Groupe, de ses capacités industrielles et de l’emploi.

Pour la direction du groupe comme envers l’Etat nous disons que le nucléaire n’est pas soluble dans le libéralisme et le tout marché !