Déclaration CGT au Comité Groupe France AREVA.

lundi 16 septembre 2013
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Nous tenons à indiquer notre désaccord sur la forme et sur le fond avant même le début des travaux de ce comité de groupe exceptionnel. Sur la forme, la date retenue, la longue liste de sujets à traiter au cours d’une journée marathon, l’impossibilité faite aux membres du CGF [1] d’avoir une préparatoire avec leurs experts, l’amplitude horaire imposée à une très grande partie de la délégation.

Nous ne sommes malheureusement pas vraiment surpris par ce constat qui éclaire d’une manière criante le fossé entre les bonnes volontés affichées dans les accords groupe AREVA et une réalité qui en est à mille lieues. Nos propos font plus particulièrement référence aux accords qualité de vie au travail et dialogue social.

Il suffit simplement de lire les horaires et longues listes des sujets (très importants) à traiter un Lundi, sans préparatoire et pendant plus de 10 heures pour éclairer ces contradictions. Qui peut croire à la réalité d’un dialogue social de qualité et partagé lorsque cette instance se transforme petit à petit (et l’audience de juin a été très éclairante) à un espace de présentation de projet (en cours ou déjà bien avancés) voulu et déjà validé par la direction d’AREVA qui s’enchaine sans jamais permettre d’échanger concrètement sur les
demandes des représentants du personnel.

Nous ne nous étendrons pas sur le respect de la qualité de vie au travail au sein d’une instance où autant de sujets très importants, pouvant entrainer des demandes de précisions, des désaccords voir des contre propositions, seront traités à la chaine par des représentants du personnel du groupe levés aux aurores.

Mais au delà de ces désaccords nous pointons aussi du doigt, un non respect ou tout du moins une lecture très restrictive de l’accord de création de cette instance qui prévoyait une volonté de dialogue, d’échanges et de concertation permettant d’accroitre la pertinence et l’efficacité des projets et des décisions de la direction.

Nous devons aussi constater le peu d’empressement récurent de notre président à participer aux travaux du CGF privilégiant le COCC [2] ou le CGE [3]
Sur le fond, nous sommes dans l’obligation de vous indiquer encore plus clairement que nous ne partageons pas la seule vision du respect de la feuille de route (PAS 2012-2016) qui nous apparait, encore
plus que lors de sa présentation au CGF de Décembre 2011, irréaliste, destructive de l’avenir et comportant des risques sur le devenir du groupe à moyen terme et portant en elle, les germes de futurs problèmes en matière de sécurité et sureté.

En effet comment continuer de « discutailler » sur l’AREVA de 2016 voir 2020 quand l’ensemble des éléments qui sont à notre connaissance à ce jour ne correspondent pas aux analyses prisent en compte pour construire l’AREVA de demain ?

Comment les salariés peuvent-ils comprendre l’ensemble des décisions de la direction d’AREVA en terme de réorganisation, de cession, de regroupement quand les raisons invoquées, les méthodes, les analyses changent en permanence voir se télescopent ? Et que dire de cet aveuglement à vouloir équilibrer les comptes AREVA 2013 à n’importe quel prix, sans en mesurer concrètement les effets à moyen ou long terme, compromettant ainsi le maintien des compétences et des outils de production, voir même pour le futur de notre groupe.

Sinon comment expliquer la longue liste de nos difficultés de qualité et autres éléments pointées du doigt par l’autorité de sureté ? Comment comprendre l’état de quasi blocage d’usines de production importante
pour le groupe (la Hague, Melox, Chalons, etc.). Nous passerons bien entendu sous silence, la liste des provisions dont on nous a juré à chaque fois qu’il s’agissait de la dernière…

Comment ne pas évoquer, le nombre de fois incalculable où l’on nous a assuré que nos relations avec nos clients et partenaires EDF ou CEA s’étaient énormément améliorées et que les brouilles sur les contrats, les luttes concernant plus particulièrement la construction d’un réacteur ou le démantèlement du site de Marcoule étaient derrière nous. Que dire aussi du contrat sur les combustibles qui devait se finaliser car les parties ne voulaient pas d’arbitrage de l’état ? Nos informations, les réalités, nous prouvent malheureusement que cela relève d’un manque de renseignements ou de l’application sans limite de la méthode Coué…

Tout ceci nous oblige à penser qu’il serait urgent de comprendre les difficultés actuelles de notre groupe pour dresser une analyse prenant en compte les réalités permettant les modifications réellement efficaces.

La CGT AREVA n’a jamais exprimé d’opposition de principe à la simplification de l’organisation du groupe, tout comme elle pouvait accepter certains projets de vente comme la Mancha, ERAMET à la condition MAJEURE et OBLIGATOIRE que tout ce plan soit une réalité industrielle et qu’il démontre une vision stratégique au delà de la seule année 2013.

La vente de CANBERRA puis son annulation, le bradage de TPI, les réorganisations ne s’appuyant sur aucune vision industrielle mais uniquement sur les statuts ou les nombres de salariés devant être mobiles, voir même les réorganisations annoncées et non mises en place par manque de moyens nous laissent à penser que la stratégie industrielle n’est plus le moteur de la pensée de nos dirigeants, cela est un réel danger pour l’avenir de notre groupe.

Prenons l’exemple d’EURIWARE : Qui peut penser sérieusement une minute qu’il est honorable et industriellement responsable de justifier le bradage de cet outil par la seule phrase « nous ne savons pas très bien gérer cette activité  » ? Si nous ne savons pas la gérer aujourd’hui comment pourrons-nous efficacement la contrôler demain, lorsque notre éventuel futur fournisseur aura lui la capacité d’évolution
dans les connaissances et les compétences que nous n’aurons plus…

La CGT AREVA demande non pas la présentation d’une longue liste d’explications tentant de justifier une volonté d’économie à la petite semaine mais plutôt une vision industrielle de nos besoins informatiques au niveau du groupe pour les 5 prochaines années. C’est la seule manière de prendre une décision efficace
pour le groupe.

On ne donne pas un cachet pour le cholestérol à une personne sur le seul fait qu’elle est plus de 50 ans et un peu d’embonpoint mais seulement après lui avoir fait des analyses de sang et tenter de réorganiser son régime alimentaire…

Nous finirons cette intervention par la constatation d’une volonté de respect (affichée dans la charte des valeurs AREVA) de l’entreprise envers ses salariés qui nous semble pour le moins partielle et connaitre de nombreuses éclipses.

Comment les salariés de TPI, de Canberra, d’ELTA, d’EURIWARE peuvent interpréter les messages qui consistent à leur réaffirmer leur appartenance totale au groupe AREVA lorsqu’il s’agit de faire des efforts, d’accepter le blocage des salaires, les non-remplacements de salariés partants en retraite, leur demander d’investir dans un groupe d’avenir ayant « une gestion sociale de ses collaborateurs » pour que quelques semaines après leur expliquer que finalement pour des raisons plus ou moins sérieuses, ils ne font plus partis de ce fabuleux projet.

Canberra est un exemple récent du « on fait n’importe quoi » : on vous vend car il n’y a pas de marché et nous ne pouvons développer l’entreprise et quand l’acheteur fait défaut, finalement on vous garde et ne vous inquiétez pas car il y a un marché et des marges de développement.

Pour la CGT, la situation actuelle nécessite la mise en place d’un droit d’alerte permettant d’étudier plus précisément les résultats des précédentes réorganisations et décisions stratégiques, de mesurer l’ampleur de nos difficultés et sûrement de partager les mesures correctives à prendre.


[1Comité Groupe France

[2Bureau du CGF

[3Comité de Groupe Européen